samedi 29 juin 2019

LES GALERIES HURLANTES

Jean-Marc Dhainaut
Les Editions Taurnada (2019)
224 pages 

Synopsis : 
Karine, dix ans, joue avec un ami imaginaire. Tout ce qu'elle sait, c'est son âge et qu'il n'aime pas Alan Lambin, le spécialiste en paranormal que son père, désemparé et dépassé par une succession de phénomènes étranges, a appelé à l'aide. Et si l'origine de tout cela se trouvait dans les anciennes galeries minières existant toujours sous ce village du Nord ? Le seul moyen d'accéder à ce dédale oublié de tous serait les sous-sols d'un hôpital abandonné et hanté par le souvenir de tous ceux qui y laissèrent leur vie, un matin d'hiver, treize ans plus tôt.

"Pourquoi n’était-ce alors pas si flagrant pour tout le monde ? Pourquoi les esprits nous taquinaient-ils ainsi, nous faisaient douter de leur existence, alors qu’il leur suffirait de se montrer une bonne fois pour toutes aux yeux de tous ? S’ils le faisaient, personne, aucun scientifique ne pourrait les mettre en cage pour les étudier dans un laboratoire".

Tout d'abord, je tenais à remercier les Editions Taurnada, Joël et l'auteur Jean-Marc Dhainaut pour leur confiance et pour m'avoir envoyé ce Service Presse.

Dans "Les galeries hurlantes" nous retrouvons l'enquêteur breton du paranormal, Alan Lambin, qui nous emmène, cette fois-ci, dans le nord de la France dans l'univers des mineurs de fond. J'ai mis un peu de temps pour lire ce livre car en principe, c'est le soir, que je lis le plus (sauf quand je suis en vacances) mais comme le sujet était quand même un peu flippant, j'évitais de lire après 21h30...Sauf que, vers la fin du livre, j'étais tellement happée dans le récit, que j'ai continué à lire jusqu'au bout, jusqu'à 23h00 passé....Et du coup, j'ai eu du mal à trouver le sommeil ensuite....Pour un livre qui parle de fantômes, c'est plutôt logique, on peut se dire que l'auteur, Jean-Marc Dhainaut, a bien fait son taff, c'est clair ! Bon, après, mon expérience personnelle fait que je suis sujette à des paralysies du sommeil depuis mes 17 ans, et du coup, les "shadow people", ça me parle.....Quoiqu'il en soit, j'ai vraiment passé un très bon moment de lecture avec ce 3ème tome des aventures d'Alan Lambin, avec un peu de stress vis à vis de ce qui se passe dans la vie personnelle du héros et surtout, j'ai hâte de lire le prochain tome, même si, à priori, si l'auteur développe encore plus le sujet abordé en fin de ce tome-ci dans le prochain, c'est clair et net que je ne le lirai pas avant d'aller me coucher sinon, c'est nuit blanche assurée !!!!


Je vous recommande totalement cette lecture si vous aimez les histoires surnaturelles, avec des thèmes abordés très intéressants dans le domaine du paranormal et très actuels, malgré le fait que l'action de l'histoire se déroule en 1987. 


Et aussi pour revenir à des sujets plus terre à terre, comme pour le premier tome qui mettait en lumière les soldats de la Première Guerre Mondiale, "Les galeries hurlantes" vous rappelle l'histoire et l'existence laborieuse de tous ces hommes courageux qui ont travaillé dans les mines, au risque de perdre leur vie chaque jour.....Je pense que ce genre d'emploi ne pourrait plus exister dans notre France actuelle....Même s'il ne faut pas oublier que ce métier existe encore de par le monde et qu'il y a des hommes (et parfois des enfants !!!) qui continuent de travailler dans les entrailles de la terre, dans des conditions très dures et toujours aussi dangereuses....

Ce que j'ai aimé dans ce livre :
1#-Karine et son ami imaginaire : SPOILERS J'ai trouvé très intéressant que l'auteur suive l'idée acceptée chez la plupart des médiums que les défunts continuent leur évolution au-delà de leur mort physique et qu'il est donc logique que le frère de Karine, avorté par leur mère quand elle était enceinte de lui, soit maintenant un adolescent.....Un adolescent perdu, ne sachant pas comment il s'appelle mais nourrissant du ressentiment pour sa mère et ayant de l'attachement pour celle qui est en fait sa petite demi-soeur.

2#-Mina et ses problèmes : Très sincèrement, j'ai été scotchée par SPOILERS le fait qu'on pense tout d'abord, comme le héros, que Mina est décédée.....Et que finalement, non, tout cela n'était qu'un mauvais rêve de la part d'Alan et son amour est finalement bien en vie....Quel retournement de situation ! En même temps, je m'étais dit, quand Mina était présumée morte, que ça aurait été très dur pour Alan de reprendre son boulot, sans son assistante, et de faire son deuil face à l'absence de celle qui est devenue indispensable dans sa vie !....Bon, une pensée pour leur voisin, M. Guillou, puisque c'est lui qui est mort, finalement....

3#-Alan et ses facultés qui ne remontent pas d'hier : En effet, même si l'auteur nous a toujours présenté son héros comme un homme pragmatique, les pieds sur terre et à la recherche de preuves pour expliquer l'inexpliquable, finalement, il bascule de plus en plus dans le monde surnaturel, avec ses facultés qui s'accroissent "à l'insu de son plein gré" et qui font remonter des cauchemars du passé, lorsqu'il était enfant.....

4#-Notre société "septique" bien retranscrite : J'ai beaucoup aimé lire comment réagissent des gens "normaux" qui n'ont jamais eu de contact avec l'au-delà (qui pensaient que ça n'existaient pas, ou qui ne s'étaient jamais posé la question...). Etienne Delbique, le père de Karine et mari de Sarah, en est l'exemple même ! On peut comprendre ses doutes face aux méthodes d'Alan, son agacement et le fait qu'il fasse appel à un médium (un escroc qu'Alan connait bien....). SPOILERS Malgré les bruits dans la maison, notamment la machine à coudre, finalement, c'est surtout après avoir vu son épouse défunte face à lui qu'il va vraiment acter que tout cela est bien réel et que c'est beaucoup plus subtil à traiter qu'une simple maison hantée.....Car derrière chaque fantôme, il y a un être humain, et à priori, un être humain qui a souffert (sinon, il ne serait pas un fantôme...), jusqu'au moment de sa mort, ce qui l'empêche de "monter". Et dans ce cas-là, ce n'est pas n'importe quel fantôme puisque c'est sa femme ! Si les fantômes tournent en boucle dans leurs tourments, sans conscience du temps qui passe et sans voir la lumière prête à les accueillir, c'est aussi le cas des humains, notamment d'Etienne qui a perdu son emploi et qui sombre dans l'alcool au risque de voir débarquer un jour l'assistante sociale pour lui enlever sa fille Karine.....D'ailleurs, à la fin du livre, il est heureux de constater qu'Etienne va enfin pouvoir tourner la page et peut-être passer à autre chose pour connaitre enfin la joie (avec l'institutrice de Karine ?....). 

5#-La grand-mère et son "2 2 8 1" : Etienne Delbique n'a pas seulement à gérer sa fille Karine, mais aussi sa belle-mère, Rozenn, la mère de sa défunte femme. Celle-ci est veuve et a été traumatisée par la mort de son mari, SPOILERS surtout le contexte, puisqu'ils s'étaient disputé avant que Firmin parte à son dernier jour de boulot avant la retraite....Retraite qu'il ne connaitra jamais puisqu'il décéder le jour-même d'un accident dans la mine...La pauvre femme ne s'en remettra jamais, et quelques années plus tard, le suicide de sa propre fille ne va pas arranger les choses aux niveau de son équilibre psychique.....Quand Alan Lambin la rencontre, il l'entend répéter en boucle la série de chiffres " 2 2 8 1" dont nous aurons la signification plus tard dans le récit, mais elle lui parle aussi de l'Ankou, puisque elle aussi est d'origine bretonne....Cette pauvre femme fait vraiment pitié de par tous les drames qu'elle a vécus dans sa vie. Et le pire, c'est que son mari n'était pas censé descendre à la mine ce jour-là, car en principe, les mineurs dont c'est le dernier jour de travail en sont dispensés...Seulement voilà, le chef de Firmin était un gros connard......Cela dit, je ne sais pas si ce genre de drame pourrait arriver maintenant, en 2019...je ne suis pas sûre qu'un employé, un ouvrier, obéisse comme ça au doigt et à l'oeil, en dépit du bon sens ?......Personnellement, moi, à son chef, je lui aurais dit de se faire voir ! Qu'est-ce qu'on a à perdre le dernier jour de taff de dire ses quatre vérités à un chef qu'on déteste ?....Firmin, lui, il a fermé sa gueule et il est mort avec tous ses compagnons de mauvaise fortune ainsi que le pauvre canari....


Quelques citations :

"-On ne se sent pas bien, ici. Des amies de ma fille se sont déjà plaintes de ne jamais réussir à dormir quand elles viennent passer la nuit avec elle, dans sa chambre. 
– Monsieur Delbique… je… 
– Elles ont peur ! J’ai même déjà dû ramener l’une d’elles en pleine nuit chez ses parents. Elle n’est plus jamais revenue. Ma fille s’isole. Elle entend souvent les autres se moquer d’elle à l’école. Ils disent qu’elle habite dans la maison du diable. Ils disent que c’est la vieille, sa grand-mère, qui est possédée. Maintenant, plus personne ne vient nous voir, et moins encore depuis que j’ai perdu mon travail et que je bois. Je bois, oui, autant que vous le sachiez. Si vous saviez la manière dont on me regarde dans la rue, dans les magasins. J’ai déjà reçu la visite de deux assistantes sociales. Aidez-nous, je vous en supplie. 
– Est-ce que votre femme est là ? Puis-je lui parler ? 
– Vous ne me croyez pas, n’est-ce pas ? 
– Si, bien sûr que si… Il vous faut de l’aide, j’en conviens, mais… 
– Oui, il se passe des choses ici. Peut-être pas les fantômes avec lesquels ma sœur me bassine, mais je ne sais pas ce que c’est. Tout ce que je sais, c’est que je ne suis pas fou ! 
– Mais si ce ne sont pas des fantômes, comme vous dites, pourquoi m’appelez-vous ? 
– Puisque vous ne me croyez pas et que vous ne pouvez rien faire pour moi, je saurai bien trouver quelqu’un d’autre. Allez vous faire voir ! J’aurais dû m’en douter". 

"Étienne ne put terminer sa phrase, immédiatement interrompu par sa fille : « Ça ? Mais c’est Maman ! 
– Vraiment ? s’étonna Alan. Et que fait-elle ? 
– Ben, elle coud. 
– Elle coud ? Je peux la voir ? Tu peux lui dire de descendre ? demanda-t-il en interrogeant son père du regard. 
– Non, ça sert à rien ! répondit la fillette. 
– Mais pourquoi ça, elle a beaucoup de travail ? 
– Ben non, mais elle est morte". 

"L’absence d’un être cher hante longtemps ceux qui restent, car ils en oublient souvent que personne ne part vraiment. Les larmes masquent les présences pourtant parfois si évidentes près de nous. Les plus cartésiens rejettent ces sensations qu’ils balayent comme étant le fruit de l’imagination, des foutaises, ou comme de simples souvenirs qui refont surface en les rongeant de nostalgie ou, au mieux, en leur dessinant de charmants sourires, peut-être parce qu’envisager le contraire les effraie simplement. N’est-il pas dans la nature humaine d’avoir peur de ce que l’on ne connaît pas ? Mais l’absence n’a de sens que si on lui en donne. Elle n’existe que si on la laisse exister. Sa grand-mère lui avait enseigné que croire que la mort était une fin, qu’après c’était le noir, le néant et qu’il n’y avait plus rien, était comme croire que nous étions seuls dans l’univers".

"-C’est bien ça, Alan. Cela ressemble bien à ces fameux Shadow People. On y trouve des spectres de vieilles femmes, d’hommes grands avec un chapeau à bord plat. 
– Mina m’a dit qu’il me suivait depuis longtemps. Mais pourquoi se manifeste-t-il maintenant ? Après toutes ces années de silence ? 
– Je n’en sais rien, mais il faudrait vraiment qu’on s’y intéresse. 
– Cette chose est dangereuse, ce n’est pas un fantôme !"


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