mardi 5 février 2019

Je peux très bien me passer de toi


Marie Vareille
Les Editions Charleston - Edition de luxe (2018)
1ère édition 2015
352 pages

Synopsis :
Chloé, 28 ans et Parisienne jusqu'au bout des ongles, enchaîne les histoires d'amour catastrophiques. Un jour, elle conclut un pacte avec son amie Constance. Chloé devra s'exiler en pleine campagne avec l'interdiction d'approcher un homme et réaliser son rêve de toujours : écrire un roman. Constance, incorrigible romantique, s'engagera à coucher le premier soir avec un parfait inconnu. De Paris aux vignobles du Bordelais en passant par Londres, cet étrange pari entraînera les deux amies bien plus loin que prévu... Réussiront-elles à tenir leur engagement ?

"Je ne suis qu’une pauvre fille pathétique et moche. Je ne plais à personne, même après avoir investi toutes mes économies dans des cours séduction. Antoine du bar n’a même pas essayé de coucher avec moi. Personne ne veut coucher avec moi. Je vais probablement redevenir vierge, je ne coucherai plus jamais avec personne. Ma carrière est un échec, je vais rester au même poste pendant cinquante ans. Je finirai grosse, vieille fille, seule, avec Jane Austen à parler tout haut dans le métro aux Mr Darcy dans ma tête. Je hais la réalité. Je hais Hans Schmidt. Je hais Antoine du bar. Je hais Jane Austen".

Cela fait un moment que j’ai envie de découvrir l’écriture de l’auteure française Marie Vareille, dont j’apprécie déjà énormément la personnalité enjouée et intelligente via sa chaîne BookTube [Marie lit en pyjama] où elle donne ses avis de lectures.

Je dois vous avouer que « Je peux très bien me passer de toi » me fait de l’œil depuis plusieurs années mais, je ne sais pas pourquoi, je n’avais jamais franchi le cap malgré les avis très positifs des autres lecteurs. Et bien voilà, nous sommes en janvier 2019 et c’est maintenant chose faite ! J’ai enfin réussi à lire ce livre ! Et le moins que l’on puisse dire c’est que je ne regrette pas du tout ma lecture, bien au contraire !

"Je peux très bien me passer de toi" est estampillé à juste titre « feel-good » car l’humour des situations et la personnalité des deux héroïnes m’ont totalement touchée au cœur !

L’auteure alterne les chapitres du point de vue de Chloé ou de Constance….Je dois dire que des deux, j’ai une petite préférence pour la personnalité de Constance et la manière dont elle mène sa vie (avec des gros moments de fou-rire, pour ma part ! J’ai encore du mal à me remettre de l’intervention de « Princesse Sarah »…). Mais les chapitres consacrés à Chloé étaient aussi sympa, notamment vis-à-vis de sa relation avec sa grand-mère, Mamie Rose, et les rencontres qu’elle va faire dans le petit village de Marinzac, entouré de vignobles bordelais….

Bien évidemment, je vous recommande totalement ce livre !

Ce que j’ai aimé dans ce livre :
1#-Les références culturelles que toute femme née entre 1975 et 1990 doit connaître ! Je pense notamment en premier lieu à la référence au « grand philosophe » Patrick Bruel et à son illustre citation : « Il vaut vivre avec des remords qu’avec des regrets ». Personnellement, c’est une phrase que je me répète souvent (depuis l’adolescence) quand je dois faire des choix, et bien évidemment je pense toujours à Patriiiiick car ce speech monumental, cette grande leçon de vie, nous pouvons l’écouter en boucle dans son album live « Si ce soir », en intro de son tube légendaire « Place des grands hommes » (d’ailleurs, à ce propos, ma plus grande hantise à l’époque – j’avais 13 ans en 1991 – c’était que la cassette du concert mythique s’abime – vous savez quand la petite bande noire magnétique s’entortille dans le walkman ou le poste radio-cassette….ô misère et damnation !.. Heureusement, ça n’est jamais arrivé ! Pourtant, je l’ai écouté tellement de fois cette cassette ! Ce live était tellement extraordinaire !!!! Je vous conseille de l’écouter….Notamment « J’te l’dis quand même » avec le public qui chante à la place de Patrick….Ca me donne des frissons rien que d’y repenser !!!!). Et ce qui est drôle, c’est que Marie Vareille cite Patriiiick (avec second degré, évidemment) comme un grand philosophe et que moi-même, j’ai la même manière de le présenter quand je cite cette phrase à mon entourage (j’imagine qu’elle est tombée dans l’inconscient collectif, notamment les fans de Patriiiick…). Bref, en plus de Patrick, il y a aussi la référence à Princesse Sarah. Dessin animé culte de la fin des années 80/début 90, qui a eu multiples rediffusions (car Marie Vareille a 7 ans de moins que moi et n’a pas dû découvrir ce dessin animé en même temps que moi). Ce qui est le plus drôle dans le livre, c’est que la (« pauvre ») fille qui choisit ce pseudo, d’après la description, n’a pas du tout le physique pour s’appeler Princesse Sarah (de mémoire, cette fille doit faire dans les 1m80 ?...)….Et puis surtout, la coach en séduction demande à ce que les filles de son cour prennent un pseudo féminin pour « séduire », hors, Princesse Sarah, ça fait quand même un peu « petite fille »….En tout cas, j’ai vraiment bien ri durant tous les passages où Princesse Sarah apparaissait aux côtés de Constance ! Enfin, autre référence qui doit toucher au cœur des femmes, c’est évidemment l’auteure anglaise Jane Austen et ses personnages mythiques, notamment ce cher Monsieur Darcy  vu que Constance est une fan absolue de cette auteure qui fait partie intégrante de sa vie (et de sa manière de voir la vie)…D’ailleurs, c’est grâce à un club de lecture et à Jane Austen que Chloé et Constance vont devenir amies ! L’auteure Marie Vareille a eu la bonne idée d’écrire un petit prequel de 18 pages, gratuit, à ce sujet (que j’ai lu aussi, du coup, à la suite de « Je peux très bien me passer de toi »).

2#-La personnalité de Constance : Des deux héroïnes, c’est bien évidemment Constance que je préfère car c’est la plus « fragile », en tout cas, celle qui a le plus de doutes sur elle-même, contrairement à Chloé qui est décrite comme une gagnante, la parisienne sûre d’elle-même, qui collectionne les hommes (même si finalement, on le comprend assez vite, c’est plutôt compliqué à ce niveau-là, notamment avec son ex, Guillaume, qui est devenu son amant et qui doit bientôt se marier sa belle « Manue »….). Constance, elle, est une rêveuse, une romantique qui attend patiemment son « Mr Darcy » et nourrit un amour secret pour un anglais qui ne doit pas savoir qu’elle existe….J’ai aimé la manière dont elle va se prendre en charge avec le club de séduction pour lequel elle va s’inscrire….Evidemment, l’auteure y met beaucoup d’humour, notamment avec les autres filles qui sont également inscrites à ce cours (je pense notamment à la fameuse « Princesse Sarah »….). Constance travaille dans une société spécialisée dans les protections périodiques féminines, elle a un chef allemand qu’elle craint un peu car il est plutôt glacial et stricte mais qui lui laisse pourtant du leste, malgré ses nombreuses gaffes et qui va même jusqu’à l’inciter à prendre un poste dans leur filiale en Angleterre, le pays que Constance rêve d’habiter (puisque c’est la patrie de Jane Austen…). Constance décrit sa vie et ses expériences (comme le pôle dance) d’une manière si truculente qu’on se prend évidemment totalement d’affection pour elle ! En plus, elle est une ardente fan de Ryan Gosling et nous la retrouvons au moment du roman, comme militante passionnée pour que ce soit lui qui qui prenne le rôle de Christian Grey dans la future adaptation cinématographique de Cinquante nuances….Alors voilà, pour toutes ces raisons, je suis fan de cette fille !

3#-L’humour et la sensation de bien-être que procure ce livre : J’insiste vraiment sur l’humour (de situation mais aussi par les dialogues) qui est présent dans Je peux très bien me passer de toi. SPOILERS comme, par exemple, quand Constance fait passer le message à tout le village, via son oncle, que Chloé est lesbienne (afin qu’elle puisse écrire son livre tranquillement sans être draguée toutes les 5 minutes par les célibataires du village….Bon évidemment, Constante ne pouvait pas se douter qu’une certaine Virginie, jeune photographe lesbienne, s’était installée dans le village et que elle aussi, allait flasher, comme tous les mâles, sur Chloé….D’où les explications sur le comportement « bizarre » de Vincent, mais aussi de Virginie à l’encontre de notre jolie parisienne….Quant à la sensation de bien-être, évidemment, nous assistons à la course effrénée de deux jeunes femmes qui recherchent l’amour et le bonheur, donc, évidemment, cela ne peut que donner du baume au cœur ! Evidemment chacune a ses petites failles et ses blessures (je pense notamment la relation que Chloé entretient avec ses parents, notamment son père) mais en tout cas, dans ce livre, point de drame larmoyant et terrible SPOILERS Même la mort de Mamie Rose n’est finalement pas « triste » car cette femme a vécu une belle vie et elle est toujours restée en accord avec elle-même…D’ailleurs, son dernier trait d’humour sera qu’elle regrette de ne pas vivre plus longtemps pour terminer le 3ème tome de Cinquante nuances de Grey….

4#-La romance entre Chloé et SPOILERS Vincent Laborde, propriétaire d’un château et d’un vignoble agricole. Leur première rencontre se passe « plutôt » mal dans la mesure où celui-ci va aller la chercher à la gare – sans l’avertir qu’il est envoyé par Tonton Gonz – et évidemment, Chloé va le prendre de haut (habituée qu’elle est d’être tout le temps draguée par les hommes). Vincent va la surnommer Cendrillon, petit nom qui ne va plus la quitter quand elle s’adressera à lui….Evidemment, on se doute que lui, il a dû se sentir attiré immédiatement par la jeune femme mais comme Tonton Gonz avait averti tout le monde (grâce à Constance) que Chloé était lesbienne, évidemment Vincent a dû se sentir « frustré » d’où son attitude un peu « bizarre » avec Chloé…..Quant à Chloé, voir cet homme « viril » et « brut de décoffrage » arriver vers elle, on peut comprendre qu’elle ait été un peu interpellée surtout que tout dans l’attitude de cet homme montrait qu’il soufflait le chaud et le froid avec elle….Bon évidemment, dans les romances, le coup classique des deux personnages qui ne peuvent pas se sentir au début et qui finissent par s’aimer passionnément à la fin, c’est hyper classique, mais que voulez-vous, moi, je craque toujours !

5#-La romance entre Constance et SPOILERS Hans Schmidt, son supérieur hiérarchique. Evidemment, celle-là, on ne l’avait pas vue venir au début du livre car Hans Schmidt était fiancé à une bombe compatriote (« Gretel ») et Constance n’avait jamais caché sa crainte envers son supérieur….Mais voilà, Hans, qui travaille depuis plusieurs années avec Constance, va finir par se faire larguer par sa fiancée et c’est sans doute lui qui va vite ouvrir les yeux sur la personnalité de son employée un peu fofolle et romantique, mais surtout très gentille (et puis Constance est une jolie fille, malgré son manque de confiance en elle – surtout au début du livre, et avant son relooking par « Baby-Doll/Manue/Emma »….Personnellement, j’ai senti qu’il y avait un potentiel de romance entre Constance et Hans quand celui-ci a commencé à être plus « humain » avec elle, lui passant ses gaffes (comme ses photocopies privées faites au bureau), ses absences au travail avec des excuses bidons, son soutien pour que Constance postule à Londres dans leur filiale….Du coup, quand Hans invite Constance (un peu sur un malentendu, car Constance pensait plus à ce moment-là à rester en contact avec lui comme un « ami »), et bien mon cœur a fait un petit bond de joie dans ma poitrine ! En voilà une romance inattendu qui démarre-là sous nos yeux ! Mon seul regret, c’est que cela arrive à la fin du livre et du coup, on n’a pas beaucoup de développement comme ça a été le cas pour Chloé et Vincent…..En même temps, je comprends que l’auteure Marie Vareille a souhaité garder l’effet de surprise jusqu’à la fin surtout que les pensées et les expériences de drague de Constance nous avaient menés vers d’autres pistes !

"J’ai dévisagé Hans Schmidt, ses yeux bleus, ses cheveux blonds et bien coiffés, sa chemise impeccable et j’ai eu l’impression que c’était la première fois que je posais sur lui un regard neutre. J’ai repensé aux cinq années passées avec lui, sa patience pour mes retards, mes excentricités, sa volonté de me faire progresser, son insistance pour que j’accepte ce poste à Londres, parce qu’il savait que je regretterais si je refusais. Hans Schmidt qui a posé l’offre de BTPTD sur mon bureau et peut-être pas uniquement parce qu’il souhaitait être débarrassé de moi, finalement. J’ai ouvert la bouche, hésitante. 
— Oui, Constance ? Et là, je ne sais pas ce qui m’a pris, la main toujours sur la poignée de la porte, je lui ai sorti d’une traite : 
— Puisque vous passerez à Londres, pour le boulot, peut-être que la prochaine fois que vous viendrez, vous pourrez… on pourra… aller boire un verre. Une lueur de surprise a éclairé un instant son visage et je me suis sentie devenir cramoisie. Ce n’est pas du tout ce que je voulais dire, j’ai poursuivi à toute vitesse : 
— Entre collègues, je veux dire… on ne sera plus collègues, mais peut-être en amis, enfin… Il m’a interrompue, et à nouveau, il a eu ce sourire gentil : 
— Ce sera avec grand plaisir, Constance. Nous nous sommes dévisagés quelques instants, et il a rajouté : 
— D’ailleurs je ne vois pas pourquoi attendre votre transfert à Londres, si vous êtes libre ce soir, j’ai deux places pour aller voir Carmen à l’opéra. Vous aimez l’opéra ? 
— J’adore l’opéra ! Enfin, j’adore surtout la scène de Pretty Woman où Richard Gere emmène Julia Roberts à l’opéra, parce qu’en dehors de ça, je n’y connais absolument rien, mais je trouve ça tellement chic ! 
— Très bien, nous pourrons nous retrouver devant l’opéra Garnier à dix-neuf heures. Quoi ?! Au lieu de rêvasser à Pretty Woman, j’aurais dû écouter la question : Hans Schmidt avait clairement mal interprété ma proposition. Alerte rouge. Il était hors de question que j’aille à l’opéra en tête à tête avec lui. Cinq secondes plus tôt, je le haïssais. 
— Dix-neuf heures, ça ne va pas être possible, parce que je n’ai pas encore fini la présentation de… Il a souri, c’était la troisième fois, il m’a plus souri en dix minutes qu’en cinq ans. 
— Oui, je sais, comme d’habitude vous serez en retard, c’est pour ça que je vous dis dix-neuf heures, ça ne commence qu’à vingt heures trente et si par miracle vous êtes à l’heure, on aura le temps d’aller boire un thé quelque part. J’ai hoché la tête, sans savoir comment refuser et Hans Schmidt s’est replongé dans ses dossiers. Je suis sortie et suis restée quelques secondes, plantée au milieu du couloir, hébétée. Je crois que j’ai un rencard avec Hans Schmidt. C’est une catastrophe".

6#-Le destin et la « coïncidence » des rencontres : SPOILERS Finalement, quand on commence le livre et qu’on découvre au fur et à mesure les différents personnages, on se rend compte qu’ils sont tous liés les uns aux autres et certains vont être déterminants pour changer le destin de nos deux héroïnes. Déjà, il y a la coïncidence que le village où vit la grand-mère de Chloé, et bien c’est celui où Constance a également des membres de sa famille et du coup, Constance connaissait Vincent (le futur « love interest » de Chloé) depuis son enfance. Et je ne parle pas d’Emma/Manue/Baby Doll qui intervient dans la vie des deux héroïnes….Bref, tout ce petit monde était fait pour relier entre elles Constance et Chloé et du coup, cela laisse à penser que nos deux héroïnes auraient pu se rencontrer bien avant qu’à Paris, dans un club de lecture….


Quelques citations :

"J’ai assisté à mon deuxième cours de séduction intitulé « techniques de base ». Je pensais que je serais la seule godiche désespérée, capable de vider mon compte en banque pour rencontrer un homme, mais elles étaient toutes revenues : Marilyn, Lolita, La Traviata et même Scarlett, alias Tête-de-chouette, qui restera toujours Princesse Sarah dans mon cœur, parce que parfois, ça fait du bien de rencontrer des gens et de réaliser qu’ils sont encore plus mal-barrés que soi".

"J’ai été rangée par Baby-Doll dans la catégorie « vrais challenges qui marquent une carrière », ce qui reste tout de même moins dramatique que Princesse Sarah, baptisée « son Everest ». Conclusion : je ne suis pas sortie de l’auberge, l’évacuation du No Sex Land risque d’être plus complexe que prévue, mais je suis optimiste. Je vais y arriver, parce que je crois que je vais y arriver (Réussir sa vie, p. 54)".

"Bonsoir, je peux t’offrir ton Coca ? Trompettes, fanfares et harpes ont résonné dans mon imagination, avec les serveuses dans un chœur gospel en arrière-plan. Baby-Doll m’avait, en théorie, préparée à la possibilité éventuelle qu’un jour, quelque part, un homme, probablement aveugle, masochiste et/ou fou m’adresse la parole sans que j’aie besoin de le harponner par surprise, mais je n’y croyais pas. Dans ce cas-là, l’attitude à adopter était simple : se retourner, sourire, accepter, soit précisément le contraire de ce que me dictait mon instinct primaire, à savoir, paniquer, rougir et refuser, tout en espérant qu’il insiste. Grave erreur souvent commise par la gent féminine à qui on enseigne bêtement depuis des siècles et des siècles qu’il faut se faire désirer. C’est tout le contraire : il ne faut surtout pas se faire désirer. L’homme du vingt-et-unième siècle est un être prosaïque et impatient à l’ego hypersensible. Si on lui met un râteau, il se vexe et passe à la suivante".

"J’aurais préféré être en baskets, mais Mamie Rose n’aime pas les femmes mal habillées, elle dit toujours qu’une femme sans talons et en pantalon, c’est aussi ridicule qu’un homme imberbe et en jupe".

"Viens de recevoir texto d’Antoine du bar !!!!! Enfin !! Ma journée s’illumine. 22:59 
– ANTOINE (DU BAR) Hello Constance, j’espère que tu vas bien. Désolé de ne pas t’avoir recontactée plus tôt, mais j’ai eu beaucoup de travail. Ça te dirait d’aller boire un verre jeudi soir ? Antoine (du bar). J’ai répondu : 23:04 
– CONSTANCE DELAHAYE Salut Antoine du bar !! Trop contente d’avoir de tes nouvelles… :-) Ça va très bien et toi ? Génial pour le verre jeudi soir !!! Tu veux qu’on se retrouve à quelle heure ? Qu’on aille où ? Ça me fait super plaisir en tout cas, bon courage pour ton travail :-) Bisous. Constance. J’ai cliqué sur « envoyer », puis je me suis souvenue des quatre règles fondamentales du texto de Baby-Doll : 1) Ne jamais répondre immédiatement à un texto le premier mois. Attendre au minimum trois heures et/ou le temps qu’il a mis à écrire, multiplié par deux (dans mon cas, ça aurait donc fait dix jours). 2) Toujours refuser le premier rendez-vous sous prétexte d’être déjà prise si la date est imposée et proposer une autre date. 3) Ne pas écrire « bisous » si lui n’a pas mis « bisous » et pas de smiley, pas de ponctuation à outrance au risque de passer pour une pauvre niaise. 4) Ne jamais envoyer un texto après vingt-deux heures sans le faire valider au préalable par une personne objective. Note : 0/10. Sans commentaire".

"Au fond, je crois que j’aimerais être Constance, vivre dans Jane Austen, attendre mon Mr Darcy en buvant du thé dans des tasses fleuries. Il suffit de voir son appartement pour la comprendre : des livres partout, empilés en désordre, des placards dégoulinants de sucre, de chocolat et de sablés Mark & Spencer, une demi-étagère recouverte de guides de Londres et de l’Angleterre, alors qu’elle n’a jamais mis les pieds de l’autre côté de la Manche. C’est tout à fait révélateur du problème de Constance, d’ailleurs, cette pile de guides londoniens feuilletés, cornés et annotés mille fois : elle attend en buvant du Earl Grey de rencontrer un beau gosse sur un sentier du Yorkshire comme Jane Eyre, mais elle ne sort jamais le nez de son studio. Si ça se trouve, l’amour de sa vie arpente la campagne anglaise depuis dix ans à sa recherche et la seule chose qu’il a une chance de croiser, c’est un troupeau de moutons".

"Aujourd’hui, relooking aux Galeries. J’ai dit à Hans Schmidt que j’avais rendez-vous chez le gynéco. Il est encore d’une humeur massacrante. Mylène prétend qu’il a rompu avec Gretel la Cruelle, et j’ai pensé qu’il était sage de griller à cette occasion mon joker gynéco de l’année. Le rendez-vous chez le gynéco est l’unique excuse qui ne provoque jamais la moindre réaction chez Hans Schmidt, si ce n’est un air très gêné. Ceci dit, il n’avait pas l’air beaucoup plus à l’aise quand je lui ai annoncé qu’il me faudrait dorénavant partir à dix-huit heures pétantes les lundis, mercredis et vendredis pour mon cours de pole dance. Note au passage : Je pensais que le pole dance, ce serait chaussures à plateforme, strings à paillettes et bombasses latino aux seins refaits. Faux. Il n’y a que des filles normales en boxer et soutien-gorge de sport. Le pole dance tient plus de l’acrobatie que du strip-tease, mais on s’amuse bien. Je me fais des bleus partout. En maillot de bain, j’ai l’air d’une catcheuse professionnelle, mais je progresse vite. Mes cours de danse classique me servent beaucoup et Baby-Doll a même déclaré que je m’en sortais plutôt bien pour une débutante. Si ma candidature à BTPD n’est pas acceptée, je peux envisager une carrière de strip-teaseuse bas de gamme".

"Journal de Constance Delahaye Londres, 3 septembre 2013 – 16 h 06 Une fois de plus le ciel est contre moi. Pourquoi ? Pourquoi faut-il toujours que tout aille mal, jamais un instant de répit. La vie est abominable. I AM SO DISAPPOINTED : ce matin j’ai appris avec horreur que ce serait Jamie Dornan, soit un illustre inconnu, mais que je déteste déjà, qui jouera le rôle de Christian Grey dans l’adaptation au cinéma de Cinquante Nuances de Grey. Je suis inconsolable. Même après trois paquets de scones aux raisins".

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