lundi 20 février 2017

Le disparu de San Pablo

Linda Howard
Les Editions J'ai Lu (2007)
Edition originale 2003
383 pages 

Synopsis :
Une jeune maman sur un marché mexicain... L'attaque d'un commando mafieux qui lui arrache son nourrisson... L'enquête infructueuse... Le divorce... Après dix ans de vaines recherches, de désillusions et de solitude, Milla Edge est devenue une spécialiste des interventions musclées dans les cas d'enlèvements. Elle s'est aguerrie, a appris à manipuler les armes, bref elle est devenue une autre femme, qui n'a jamais perdu l'espoir de retrouver un jour Justin, son fils. Aujourd'hui, son unique piste est un certain Diaz, contre lequel tout le monde l'a mise en garde. " Le chercher, c'est chercher la mort ! " lui murmure-t-on. Il s'agirait d'un tueur, d'un mercenaire au regard de cobra. Mais Milla n'aura pas à débusquer cet homme à la séduction féline, car c'est lui qui viendra à elle...



"Dès l’instant où elle comprit la dangereuse attirance qu’elle éprouvait pour lui, elle fut doublement nerveuse à l’idée qu’il pouvait surgir à tout instant, inopinément comme à son habitude. Une partie d’elle-même, la partie la plus femme, se languissait du contact avec un vrai mâle, voulait vérifier si son désir pour Diaz existait bien ou si son imagination l’avait échafaudé de toutes pièces en l’absence de ce dernier. Son esprit, en revanche, lui conseillait de ne lui faire comprendre sous aucun prétexte qu’elle voyait en lui un être sexué, et le meilleur moyen pour ce faire était encore de rester loin de lui. Cela étant impossible, la question était de savoir si, en sa présence, elle serait capable de se tenir et de ne lui montrer aucun signe d’intérêt. Étant donné la perspicacité et le sens de l’observation aigus de Diaz, elle devrait redoubler de prudence".

Le thriller n'est pas mon genre littéraire de prédilection. Vous le savez, je suis plus portée sur la romance mais comme le synopsis de ce livre, Le disparu de San Pablo, indiquait qu'il y avait également une histoire d'amour avec le genre de héros masculin que j'affectionne, je n'ai pas hésité une seconde....Et je ne le regrette pas du tout ! J'ai vraiment énormément accroché au style d'écriture de l'auteure américaine Linda Howard ! D'ailleurs, au moment où j'écris cette chronique, j'ai déjà enchaîné sur deux autres livres de l'auteure, c'est vous dire mon enthousiasme ! 



Le récit débute quand Milla a 23 ans en 1993, elle est l'épouse de David Boone (et pas Dany Boon ah ah ah !) un jeune chirurgien talentueux et l'a accompagné au Mexique où il doit exercer quelque temps. Un jour où Milla fait ses courses dans un marché mexicain, son bébé, Justin, va lui être subitement arraché des bras par deux individus. La jeune femme va tenter de résister et va même jusqu'à crever l'oeil de l'un des deux agresseurs mais cela  ne suffira pas. Elle va voir son petit bonhomme disparaître sous ses yeux....

Milla divorcera de son mari un an plus tard, leur couple n'ayant pas survécu à ce drame et nous la retrouvons finalement dix ans plus tard, alors qu'elle travaille pour une association qui recherche les enfants disparus. 


Si elle n'a toujours pas réussi à retrouver Justin, elle vit un semblant de réconfort à aider les autres parents qui sont plongés dans le même désarroi qu'elle surtout que ses actions sont souvent efficaces. La jeune femme n'hésite pas à aller sur le terrain et est disponible 24 heures sur 24. 


Un jour, elle va recevoir un appel anonyme lui signalant que le fameux Diaz doit se rendre à un rendez-vous nocturne. Milla entend parler de cet homme depuis maintenant deux années mais elle ne sait pas à quoi il ressemble car le simple nom de cet individu fait frissonner tous les voyous....Milla se demande si ce Diaz ne serait pas l'homme qu'elle a éborgné 10 ans plus tôt ou en tout cas, a un lien avec les kidnappeurs de son bébé.....


"Sa première piste sérieuse sur Diaz depuis deux ans ! C’était peut-être le moment qu’elle attendait depuis dix années. L’enlèvement de Justin était resté entouré de mystère et de rumeurs. Aucune rançon n’avait été réclamée et les kidnappeurs s’étaient volatilisés. Cependant, elle avait fini par obtenir des bribes d’information concernant un individu borgne qui n’était jamais là où elle espérait le trouver. Deux ans plus tôt, une femme lui avait glissé à l’oreille qu’un nommé Diaz savait peut-être quelque chose. Depuis, Milla avait beau le traquer sans relâche, elle n’avait découvert que des rumeurs exaspérantes. « Chercher Diaz, c’est chercher la mort », lui avait dit un vieillard pour la dissuader de continuer. Mieux valait ne pas essayer d’approcher. Diaz était au courant de beaucoup de disparitions ou derrière celles-ci. Elle avait entendu dire que le borgne s’appelait Diaz, ou que le borgne travaillait pour Diaz, ou encore que Diaz avait tué le borgne pour avoir enlevé par erreur un bébé américain et causé un beau tapage médiatique. Milla avait entendu tout et son contraire à propos de Diaz. Les gens redoutaient d’en parler mais Milla posait des questions et, à force de patience, obtenait des bribes de réponse formulées à voix basse. Sans savoir vraiment qui était ce Diaz, elle avait la conviction qu’il était lié à l’enlèvement de Justin".


Ce que j'ai aimé dans ce livre :

1#-Diaz, le héros sombre et mystérieux : Ouh la la ! Cet homme est vraiment intense ! Il ne parle pas beaucoup, mais les rares fois où il ouvre la bouche, il va droit au but ! Le coquin ! Il m'a fait glousser plus d'une fois !...Ce qui est fascinant avec notre cher Diaz c'est l'aura de dangerosité qui se dégage de son 1m90 tout en muscles. Il agit sans émotion, comme un robot, pour rechercher ses "proies" et les exécuter. Mais attention, ce ne sont jamais des victimes innocentes ! Diaz se spécialise dans la chasse aux criminels et a des relations et du soutien avec la police américaine. Tout comme Milla, il a un passé plutôt compliqué sauf que lui, c'est dès sa naissance que ça a foiré....On ne peut pas dire que ses parents soient des exemples, surtout sa mère. Diaz a eu une enfance solitaire et particulière et depuis, il entretient donc des relations que je dirais inexistantes avec les autres notamment les femmes, jusqu'à ce qu'il rencontre Milla....



"Diaz devinait souvent comment procédaient les malfaiteurs : il lui suffisait de s’imaginer ce qu’il aurait fait à leur place et il se trompait rarement. Cela ne révélait peut-être pas grand-chose sur sa personnalité, mais en disait long sur son efficacité".

"Enfant, déjà, il était solitaire et silencieux, au point que sa mère l’avait fait examiner, soupçonnant un cas d’autisme, de retard mental, bref, d’une quelconque affection expliquant qu’il passe son temps à observer les gens sans presque jamais participer aux conversations ou aux activités. Même le fait que sa mère se soit d’abord inquiétée pour lui, puis n’ait cessé d’être mal à l’aise en sa présence n’avait provoqué aucune émotion, aucune réaction de sa part. Il observait les gens, la manière dont leur visage et leur corps démentaient leur discours. Et, contrairement à ce que pensait sa mère, il n’était pas inactif. Lorsqu’elle s’absentait ou dormait, il rôdait dans la maison, le voisinage ou la campagne. La nuit était son royaume comme elle était celui des autres prédateurs".


"Quand Diaz avait eu quatorze ans, sa mère l’avait récupéré. Elle désirait, paraît-il, qu’il finisse sa scolarité aux États-Unis. C’est ce qu’il fit. Elle déménageait si fréquemment qu’il changea six fois d’établissement en quatre ans mais il obtint ses diplômes malgré tout. Il ne sortait pas avec les filles de son âge, dont le manque de personnalité le laissait de glace. Il n’avait perdu sa virginité qu’à l’âge de vingt ans et, depuis, n’avait connu que très peu de femmes. Le sexe lui plaisait, mais cela impliquait une vulnérabilité à laquelle il avait du mal à se soumettre. En outre, il faisait souvent peur aux femmes. Bien qu’il fasse de son mieux pour ne pas se comporter en rustre, il faisait l’amour avec une sauvagerie qui les intimidait la plupart du temps. Peut-être son avidité provenait-elle simplement d’un manque de pratique, songea-t-il non sans humour. Toujours est-il qu’il trouvait plus simple de gérer seul sa sexualité. Cela faisait bien deux ans qu’il n’avait pas rencontré une femme suffisamment attirante pour qu’il envisage de coucher avec – jusqu’à ce qu’il voie Milla Edge".


2#-L'histoire d'amour qui fait rêver : Comment un mec aussi froid que Diaz peut me donner des bouffées de chaleur à chaque fois qu'il est face à Milla ?! Comprenons-nous bien : concernant Milla, on ne peut pas dire que ce fut un coup de foudre car notre beau brun a une apparence tellement intimidante.....Mais voilà, Diaz est fortement attiré par la demoiselle. Elle est aussi féminine que lui est viril. Ils se complètent totalement. Si au début, c'est juste une attirance physique, il va vite s'attacher à elle et l'on comprend rapidement que s'il doit un jour faire sa vie avec une femme, ce sera uniquement avec Milla et personne d'autre ! Whaou ! Un amour aussi exclusif et providentiel, cela fait rêver ! Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance ! Le dernier chapitre qui nous narre la petite vie de famille entre Diaz et Milla m'a beaucoup émue avec leurs trois petits diables....Diaz semble être un père remarquable et du coup, cette conclusion à leur histoire.....Vous voyez, c'est comme si Milla avait offert la rédemption à Diaz, qui a toujours vécu une vie sombre et dangereuse sans perspective de bonheur....Et finalement, Milla arrive et lui offre une vie heureuse et des enfants....C'est vraiment trop beau ! 



"—Qu’a-t-il dit ? s’impatienta Joann.
— Bonne question, dit une voix monocorde derrière elles. Qu’a-t-il dit ? Joanna sursauta et poussa un petit cri en se retournant. Milla se leva si brusquement que son fauteuil alla heurter le bureau. Debout près de Joann, elle contempla l’homme qui se tenait sur le seuil de la pièce. La sueur se mit à lui couler le long du dos et son cœur s’emballa. Elles étaient seules, la porte était verrouillée. Comment cet homme était-il entré ? Et que voulait-il ? Il ne paraissait pas armé mais, bien qu’il eût les mains vides, Milla n’était pas rassurée car il avait le regard le plus glacial et le plus lointain qu’elle ait jamais vu. Elle plongeait dans ce regard de tueur, tremblant comme une feuille, et malgré tout incapable d’en détacher les yeux. C’était comme un cobra hypnotisant sa proie avant de se jeter sur elle. On aurait dit que l’inconnu, parfaitement immobile, n’était pas un être humain. À côté d’elle, Joann respirait par à-coups et ouvrait de grands yeux ronds. Lorsque Milla lui toucha le bras pour la rassurer, celle-ci lui prit la main dans un geste désespéré. Après avoir observé ce geste, l’inconnu se remit à les dévisager.
— Ne m’obligez pas à reposer la question. Cette voix… Elle connaissait cette voix, mais la panique était trop forte pour qu’elle puisse se rappeler d’où. À grand-peine, elle parvint à répondre :
— C’était une cabine téléphonique. L’employé de la station ne sait pas qui a appelé, il était trop occupé pour faire attention. Pour toute réponse, l’inconnu baissa légèrement les paupières. Impossible de sortir de la pièce. Bien qu’il ne soit pas immense, il était grand – environ 1,90 m –, élancé et son corps tout en muscles semblait vif comme l’éclair. Il avait un côté obscur, ressemblait à une ombre où planait une menace presque palpable. Milla comprit soudain. Une sorte de vertige la saisit et elle dut s’appuyer contre son bureau.
— C’est vous qui m’avez assommée l’autre nuit. Au même moment, une deuxième évidence s’imposa à son esprit, qui lui coupa littéralement les jambes.
— Vous êtes Diaz. L’inconnu resta impassible.
— Il paraît que vous voulez me parler".

"À présent, il devait redoubler de vigilance, car Milla le rendait moins implacable. Sans pouvoir dire à quel moment, il savait qu’un changement s’était produit en lui. Il se surprenait à faire des choses auxquelles il n’était pas habitué. D’ordinaire peu loquace, il parlait avec elle, lui révélait des détails personnels et s’étonnait qu’elle se confie en retour. Au début, elle avait eu peur de lui, mais il était habitué à ce qu’on le redoute. À présent, elle ne le craignait plus et cela lui faisait plaisir : comment pourrait-elle coucher avec lui s’il l’effrayait ? Peut-être n’avait-elle pas encore compris ce qu’il éprouvait. Il se retenait d’aller trop vite en besogne, de peur de l’effaroucher. Lorsqu’il l’avait embrassée, il aurait volontiers approfondi son baiser, mais en sentant qu’elle se figeait et ne lui répondait pas, il s’en était tenu à quelque chose de doux et de léger. Probablement n’avait-elle pas même conscience de ce qu’elle éprouvait elle-même mais lui, avec son art de deviner les gens, savait qu’il lui inspirait quelque chose. Elle avait trop facilement accepté qu’il la touche, elle s’était trop aisément blottie contre lui. En tant que femme, elle n’était absolument pas indifférente. Malgré une longue période d’abstinence, il avait bien l’intention de posséder Milla. Il suffisait d’être patient, de lui donner le temps de s’habituer à lui. Il était certain du résultat ; elle était faite pour lui".

"— Et comment saviez-vous qu’il y avait une chute d’eau ? Après un silence, Diaz répondit :
— Il y a toujours une chute d’eau. Vous ne regardez jamais les films ? Submergée par le soulagement et par la joie exubérante d’être en vie, Milla éclata de rire. Diaz s’allongea sur le dos près d’elle, encore essoufflé lui aussi. Lorsqu’il se tourna vers elle, un petit sourire se dessina sur son visage. Il la dévisagea un instant, fronçant les yeux à cause du soleil.
— Je donnerais n’importe quoi pour être en vous, là, maintenant.
Choquée, Milla cessa instantanément de rire. Elle avait beau avoir rêvé de lui de jour comme de nuit, elle n’avait pas envisagé de devoir affronter cette réalité. Diaz, faire l’amour avec elle ? Ce qu’il venait de dire semblait tellement déplacé qu’elle resta un moment hors du temps, à la dérive sur la roche tiède, la tête bourdonnante. Puis soudain elle reprit ses esprits. Diaz… et elle. Ses entrailles se nouèrent en l’imaginant sur elle, en elle. Elle avait envie de lui, maintenant et depuis le premier jour. Il ne l’avait même jamais embrassée – car le baiser amical de Juarez ne comptait pas. Elle avait envie de lui, et pourtant les bonnes raisons pour ne pas céder à cette envie se précipitaient dans son esprit. S’il ne cherchait qu’à tirer un coup, il se trompait d’adresse. Or, que pouvait-il chercher d’autre ? Après tout, il s’agissait de Diaz, un homme qui n’était pas du genre à s’attacher. Milla n’était pas assez naïve pour avoir la prétention de le changer. Elle avait pris soin de ne pas lui montrer son attirance, de lui cacher ce qu’il lui inspirait. Elle avait tout enfermé dans ses rêves et pourtant, il l’avait devinée, elle le comprenait à son regard".

3#-La souffrance d'une mère : Même si c'est un passage difficile émotionnellement à lire dans ce livre (surtout pour une hypersensible comme moi), j'ai vraiment trouvé que l'auteure a remarquablement bien retranscrit la souffrance éprouvée par cette jeune mère qui se voit arracher son bébé par des inconnus. Retrouver Justin, c'est le seul but de Milla dans sa vie, la seule raison qui lui permet de se lever tous les matins. Même si elle a divorcé de son mari, David, celui-ci est resté ami avec elle et lui verse une pension alimentaire, ainsi, elle n'a pas besoin d'avoir un travail "alimentaire" et peut se consacrer à 100% à son association d'aide à la recherche d'enfants disparus. J'ai été énormément touchée à propos du passage où l'on voit Milla qui collecte des petits cailloux....Une habitude prise depuis la disparition de Justin car la jeune femme imagine que les petits garçons aiment collectionner les cailloux de quelques formes que ce soit.....Elle en a donc un paquet chez elle qu'elle attend d'offrir à son fils, quand elle le retrouvera.....Il est intéressant aussi de voir comment la famille de Milla réagit face à son "deuil impossible". Je trouve les réactions du frère et de la soeur de l'héroïne très réalistes. En effet, c'est dans la nature humaine de "passer à autre chose" quand un drame ne nous concerne pas directement.....Ainsi, ils ont reproché à la jeune femme de "plomber l'ambiance" lors des réunions de famille si bien que depuis, ils sont fâchés et quand Milla va voir ses parents, elle s'arrange pour qu'ils soient seuls.....Attention zone spoilers ! Cliquez sur le mulot et passez le texte en surbrillance ! Et bien entendu, il y a le moment tant attendu quand Milla retrouve la trace de son fils et l'observe au loin.....Dix années de souffrances balayées par ce grand bonheur. J'ai vibré de joie avec l'héroïne et j'ai eu énormément d'admiration pour elle quand elle va voir les "nouveaux" parents de Justin et leur dit qu'elle ne le leur reprendra pas. Quelle abnégation ! Quelle générosité de coeur ! .....Et enfin, la fin du livre, quand finalement Zack (alias Justin) vient frapper à la porte de sa mère pour faire sa connaissance.....de voir qu'il est devenu un jeune homme maintenant et que ses parents adoptifs ont eu eux aussi la bonté d'âme de transmettre les coordonnées de Milla, cela m'a ravie le coeur et je dois bien vous admettre que j'ai versé ma petite larme en refermant mon livre quand enfin, le mère et le fils se retrouvent réunis.....Au niveau des émotions fortes, l'auteure Linda Howard a excellé, bravo !

"Au fil du temps, elle avait essayé d’imaginer quels pouvaient être ses centres d’intérêt du moment et avait acheté des jouets en conséquence. Était-il attiré par les ballons et les camions ? Imitait-il le vrombissement du moteur ? À trois ans, elle se l’était imaginé sur un tricycle. À quatre ans, elle avait songé qu’il devait ramasser cailloux et vers de terre. Son aversion l’empêchant de ramasser des lombrics, elle avait commencé une collection de cailloux. Lorsqu’il avait eu six ans, avait-il appris à jouer au football ou au base-ball ? Il devait encore aimer les cailloux. Elle avait tout de même acheté une balle et une petite batte de base-ball, au cas où. Pour son huitième anniversaire, elle se l’était peint avec ses premières dents définitives, encore trop grandes pour son petit visage qui perdait déjà les rondeurs de l’enfance. À quel âge commençait-on à jouer chez les minimes ? Il devait posséder sa propre batte et son gant, à présent. Peut-être quelqu’un lui avait-il appris à faire des ricochets. Elle avait commencé à collectionner les pierres plates. À présent, il avait dix ans. C’était peut-être un peu vieux pour jouer encore avec des cailloux. Il devait posséder un vélo à dix vitesses – une pour chaque année. Peut-être était-il passionné d’ordinateurs. Il avait maintenant l’âge de jouer chez les minimes. Peut-être possédait-il un aquarium. Il pourrait y mettre les plus jolis cailloux de sa collection. Milla avait cessé d’acheter des jouets. Elle possédait un ordinateur mais n’avait acheté ni vélo ni aquarium. Les poissons seraient morts faute d’être nourris régulièrement".


4#-L'univers sombre avec le trafic de bébés et d'organes : Ce livre m'a particulièrement plu car il joue sur l'émotion du lecteur en abordant des sujets graves notamment le trafic de bébés. Le principe est simple : des bébés mexicains sont enlevés de leur famille et sont revendus aux Etats-Unis, sous des faux papiers, pour être adoptés par des familles américaines en mal d'enfants. Ces familles sont de bonne foi et pensent que les bébés ont été abandonnés par leurs parents (le motif de la jeune adolescente fille-mère qui ne peut pas s'occuper de son enfant et souhaite pour lui le meilleur en étant adopté par une bonne famille américaine fonctionne très bien...). Pour ce qui est du trafic d'organes, pas besoin de faire un dessin, c'est encore pire : des gens sont séquestrés et tués pour qu'on leur prélève leur organes afin de les vendre au marché noir.....L'histoire se passe de part et d'autre de la frontière mexicaine, avec une ambiance un peu à la Breaking bad. J'ai adoré ce cadre posé par l'auteure et même si nous avons aussi droit à des lieux un peu plus américains avec les maisons de banlieue et les jolis jardins bien tondus, le Mexique avec ses cantinas obscures n'est jamais très loin (les cantinas correspondent à nos bars, ou aux anciens saloons du Far West, à raison de plus que les femmes ne sont pas autorisées à y aller, sauf les prostituées). 


"Nombreux étaient les bébés enlevés qui mouraient bel et bien. Quatre-vingts pour cent mouraient d’hyperthermie lors du passage de la frontière, cachés dans un coffre de voiture. Les vingt pour cent qui survivaient étaient revendus dix à vingt mille dollars pièce et peut-être même plus cher. Tout dépendait de la demande. Les Fédéraux avaient tenté de la rassurer en lui expliquant que Justin avait dû faire l’objet de soins particuliers car les enfants blonds aux yeux bleus avaient une plus grande valeur marchande. Légèrement rassurée, Milla n’avait pu s’empêcher de songer aux bébés basanés qui ne bénéficiaient pas des mêmes égards. Et si Justin avait fait partie des pertes sèches ? Les êtres immondes qui vivaient de ce trafic prenaient-ils seulement le temps d’inhumer leurs victimes ? Ou se contenaient-ils de les jeter dans un fossé où elles servaient de pâture à…"

"Que des gens meurent à Juarez et dans l’État du Chihuahua n’avait rien d’anormal. Certaines de ces morts étaient l’œuvre d’un sérial killer mais de plus en plus de corps étaient retrouvés amputés de leurs organes. Les victimes n’étaient pas toutes tuées de la même façon : certaines par balle, d’autre à l’arme blanche, ou encore par strangulation. Dans les cas les plus horribles, les organes avaient été prélevés ante mortem. Diaz ne pouvait qu’espérer que les malheureux étaient inconscients au moment des faits. Il s’agissait indifféremment d’hommes ou de femmes, mexicains pour la plupart, ou parfois de touristes malchanceux, comme Paige Sisk. On retrouvait les corps dans différents quartiers de Juarez, jetés là comme les objets désormais sans valeur qu’ils étaient devenus. Combien pouvait valoir un cœur au marché noir ? Ou un foie, des reins, des poumons ? Chaque jour, des malades en attente d’une greffe mouraient faute d’organes disponibles. Les plus fortunés d’entre eux ne pouvaient-ils pas écourter l’attente, se commander, par exemple, un cœur provenant d’un donneur compatible ? N’existait-il pas des gens prêts à payer des millions pour un organe ? N’existait-il pas des donneurs potentiels non volontaires et bien vivants ? Pas de problème : il suffisait d’en faire des donneurs morts. Diaz avait pour mission de découvrir qui était derrière ce trafic. Pas les peons, les petites pointures comme Pavôn, les exécutants qui enlevaient les victimes. Il devait y avoir un endroit servant à prélever et réfrigérer les organes avant leur transport, un endroit qu’il n’avait pas encore découvert. À moins qu’il ne se trompe : peut-être le prélèvement d’organes avait-il lieu n’importe où, selon les circonstances. Après tout, il suffisait de disposer d’un scalpel et d’une glacière".

Pour conclure, Le disparu de San Pablo est un vrai coup de coeur pour moi ! Cette histoire m'a tenue en haleine autant pour son coté suspense que dramatique mais aussi par rapport à l'histoire d'amour intense et complexe entre nos deux héros. Milla est une jeune femme de 33 ans qui a vécu un drame dix ans plus tôt avec l'enlèvement de son bébé de quelques mois. Elle consacre depuis tout son temps pour le retrouver. Ses recherches vont lui faire croiser la route du mystérieux Diaz dont la seule évocation de son nom fait trembler tous les malfrats mexicains, d'un côté ou de l'autre de la frontière. Si Diaz est un homme impitoyable et taciturne (gggroarrr ! Quel mâle !!!), Milla, par sa seule présence va arriver à percer sa carapace dure et coriace. Il leur faudra du temps pour s'apprivoiser mutuellement et avoir la volonté de dépasser tous les obstacles qui se dressent entre eux (heureusement que notre "froid" et insensible Diaz s'accroche !). Au niveau de l'intrigue principale, c'est à dire la recherche du bébé (enfin, du garçon, puisque 10 années se sont écoulées) c'est vraiment bien mené. Même si mes soupçons impliquant certains personnages dans le kidnapping se sont avérés justes, l'auteure a aussi réussi à me surprendre avec des retournements de situation qui ont fait rater un battement à mon petit coeur trop sensible ! Et puis il y a la fin du livre qui m'a énormément émue. Je vous recommande évidemment à 100% ce livre.....Rien que pour l'obscur et viril Diaz, laissez-vous tenter, vous ne le regretterez pas !



Ma note : 18,50/20


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