mardi 29 juillet 2014

AU COEUR DE L'OUEST

Penelope Williamson
Editions Belfond (2007)
Sortie originale 1997
624 pages

Synopsis :
À dix-sept ans, Clementine s'ennuie dans la bonne société de Boston et rêve d'un vrai cow-boy qui l'emmènerait au loin. Le jour où elle croise le regard de Gus McQueen, un séduisant éleveur, elle n'hésite pas à s'enfuir avec lui au cœur du Montana.Mais l'Ouest sauvage, avec son blizzard, ses loups affamés et ses voleurs de bétail, est bien peu hospitalier pour une jeune fille raffinée et inexpérimentée. C'est pourtant dans cette nature hostile et grandiose qu'elle va devoir apprendre à vivre auprès de celui qui est devenu son époux. Mais, surtout, c'est là qu'elle va connaître cette folle passion dont elle rêve depuis toujours pour un homme majestueux et solitaire, à l'image du Montana. Un homme qui n'est autre que le frère de son mari...

Au coeur de l'Ouest n'est pas seulement une histoire d'amour entre une jeune fille bien éduquée de Boston et un cow boy du Montana, non. C'est aussi un livre sur la condition des femmes en cette fin du 19ème siècle. 

En plus de Clementine, nous suivons donc les récits de vie d'autres femmes, que ce soit Hanna, l'ex-prostituée maintenant tenancière d'un saloon, Erlan, la jeune chinoise fraîchement débarquée de son pays natale avec ses pieds bandés pour être vendue comme épouse au vieil épicier de la ville ou encore Saphronie, une blanche qui a été enlevée enfant par des indiens et qui gardent encore les stigmates de cette vie passée sur sa peau par des tatouages sur le visage et qui en fait la pestiférée de la ville pour les biens-pensants (car c'est toujours la faute de la femme, ce n'est jamais la victime, n'est-ce pas !).


Ici la photo d'une vraie femme blanche qui a été enlevée et tatouée par une tribue indienne, Olive Oatman.

La dure réalité du Far West, Clementine va la découvrir quand, à l'âge de 17 ans, elle va croiser la route d'un cow boy dans les rues de Boston, non pas monté sur un cheval mais sur un Bicycle : Gus McQueen va lui rentrer dedans avec son étrange appareil. Celui-ci est en ville pour assister aux derniers jours de sa mère et compte ensuite retourner dans le Montana. Etant tombé sous le charme de Clementine, il va rapidement lui proposer de l'épouser et de venir avec lui. La jeune fille ne va pas se faire prier car elle veut fuir son foyer familiale et surtout, depuis toute petite, elle rêve des histoires de Far West et des séduisants et virils cow boys !



En fait, le 4ème de couverture ne résume pas bien l'histoire : Clementine ne s'ennuie pas dans la bonne société bostonienne ! Ce n'est pas une jeune fille insouciante à la Scarlett O'Hara qui va de bals en bals, non, pas du tout ! C'est plutôt une  jeune femme qui vit cloîtrée chez elle car son père estime que ce n'est pas bien de s'amuser dans la vie, que c'est un pêché !!!!!!!.....Elle s'enfuira donc un soir, avec la complicité de sa mère qui a subit, elle, un mariage arrangé et sans amour avec ce très austère pasteur qui n'a jamais eu un geste de tendresse envers sa fille unique mais qui a plutôt tout fait pour la soumettre, la punir et la culpabiliser, sous l'excuse de la religion et de la morale. 

Pour cet homme, le tort principal de Clementine c'est d'être très belle.....Un don de la nature qui ne plait pas forcément aux hommes comme son père qui prônent la supériorité masculine et la soumission des femmes.....Et la beauté amène aux pensées concupiscentes et détourne ces malheureux hommes de Dieu.....Clementine a aussi un caractère très affirmé et elle est très intelligente (ce qui n'arrange pas les choses avec son père et les hommes en général...). 

Enfant, elle avait décidé de pas s'excuser pour une faute qu'elle n'avait pas commise, mais comme son père est un fanatique religieux qui voit le mal partout, il va la punir sévèrement en lui frappant sa petite main avec une baquette en bois.....Il va frapper, frapper, frapper au point que les cicatrices resteront à jamais sur la peau de Clementine, comme des preuves de son obstination.....C'est son père qui cédera, qui se mettra à pleurer après avoir roué de coups sa petite fille......Elle, ne pleurera jamais - Elle est déterminée et très forte psychologiquement, personne ne peut la briser et même les larmes qu'elle pourrait légitimement verser au cours de son existence vont se faire rare, ce qui dénote beaucoup avec son apparence de jolie blonde fragile à la peau blanche et délicate.....D'ailleurs, un indien lui dira plus tard qu'elle est un ours à l'intérieur !

Dans Au coeur de l'Ouest, nous suivons Clementine sur une dizaine d'années à partir de ses 17 ans. Quand nous la quittons, elle n'a même pas 30 ans, mais on a l'impression qu'elle en a plus tellement elle est usée.....La vie au 19ème siècle est rude et très souvent cruelle pour les femmes qui font face à tous les dangers. Les accouchements sont de terribles épreuves, les grossesses s'enchaînent, les enfants ne survivent pas forcément.....La vie est fragile et la nature nous montre sa supériorité avec ses longs hivers enneigés et ses étés de sécheresse.....

Au coeur de l'Ouest est néanmoins un livre profondément féministe. Il n'y a pas à dire, les personnages les plus intelligents sont bien des femmes ! Clementine excelle dans l'art de la photographie. Elle a embarqué son matériel de Boston et son mari va l'autoriser à "s'occuper" en faisant des photos - il culpabilise aussi de la laisser seule des jours entiers quand il part avec son troupeau. Et pourtant, les mentalités de l'époque ne permettent pas à la jeune femme de faire des affaires avec ses photos....Vous comprenez, quelle serait la honte de son mari si les gens se rendaient compte qu'elle gagne plus d'argent que lui......Clementine est rebelle mais elle accepte pratiquement tout de son mari et en tout cas, elle comprend sa fierté et ne le contredit pas - plus - en public. Elle comprend qu'elle doit laisser croire aux autre que c'est lui qui décide de tout dans leur couple, même si c'est faux ! Car si Clementine, enfant, n'a jamais cédé devant son effrayant père, ce n'est pas avec son mari qu'elle va commencer !

Le seul homme qui se fout des conventions, des qu'en dira-t-on, c'est Zach Rafferty, le frère de Gus McQueen

Ils ne portent pas le même nom de famille car Zach a eu des problèmes avec la justice. Clementine va avoir un à priori très négatif la 1ère fois qu'elle va rencontrer son beau-frère (car sa réputation le précède et les gens ne vont pas se gêner pour faire un portrait désastreux du jeune homme). Elle l'appelle froidement M. Rafferty et lui, la surnomme toujours "Boston" et ne cesse de se moquer d'elle, de la pousser à bout.....Mais aussi de la taquiner gentiment et de lui donner des conseils quand il le faut. Il prône l'indépendance des femmes et d'ailleurs, il fréquente à ce moment là, Hanna, l'ex-prostituée (qui deviendra la meilleure amie de Clementine par la suite). 

On sent très rapidement la tension entre Clementine et Rafferty (la plupart des gens l'appellent ainsi, par son nom de famille inventé). En fait, lui, est tombé tout de suite amoureux d'elle et comme il se sent coupable envers son frère, il fait tout pour repousser la jeune femme, il essaye de la faire repartir à Boston mais évidemment cela ne fonctionne pas !

Ce que j'ai aimé dans ce livre :
1# - La passion étouffée, cachée, entre Clementine et Rafferty : Leurs pics constants et leur animosité sont  tels que la première fois qu'il va ENFIN lui murmurer tendrement son prénom et ne plus l'appeler par son surnom...Wouah ! Les papillons dans mon ventre ont dansé la samba ! 



2# - Le Girl Power ! Oui, Clementine en tête, mais aussi - et surtout Hanna, qui a réussi à faire fortune et qui possède la moitié de la ville. Qu'importe si les biens pensants la traitent de putain !

3# - Les drames : Il ne faut pas se cacher, il y a beaucoup de morts, d'accidents dans ce livre ! Les plus faibles en payent souvent le prix. Des existences sont gâchées par l'orgueil (des hommes).....C'est triste mais c'est ainsi que va l'humanité et quand je regarde les infos, je me dis que rien n'a changé dans certains coins du monde....Ils n'ont pas encore compris.....En attendant, ce sont les faibles, les enfants, les femmes, qui trinquent.....

Ce que je n'ai pas aimé dans ce livre :
A vrai dire, c'est le fait que ce livre met en lumière les conditions déplorables des femmes de cette époque (et ça va continuer une bonne partie du siècle suivant dans nos pays occidentaux et ça continue toujours dans certains coins chauds du globe...). Cela a beau être une fiction, nous savons tous que c'est comme ça qu'étaient traitées les femmes....Je me suis mordue le poing plusieurs fois en lisant ce livre tellement j'étais énervée !

Il y a aussi une chose qui m'a un peu gênée, c'est le matériel photographique de Clementine. OK, la photo existait, mais qu'une jeune femme de 17 ans sache aussi bien s'en servir (alors que son père était un vrai tyran religieux à la maison et que ce n'est certainement pas lui qui lui a montré comment utiliser ce matériel rare et moderne à l'époque...), je trouve ça un peu étrange ! Et après, comment elle a fait pour se procurer le reste du matériel, les produits chimiques pour développer les photos alors que dans cette contrée sauvage, rien que pour s'acheter des pommes, il faut attendre les rares cargaisons transportées par les chemins de fer ?.... A part ce détail technique, le fait d'avoir inclus les photographies n'est pas un mal en soi, car on a aussi l'évocation dans ce roman des photos post-mortem qui faisaient fureur à l'époque. Notamment pour les enfants qui mourraient (énorme mortalité infantile à l'époque). On prenait donc une photo sur le lit de mort pour en conserver un souvenir (car les photos étaient très chères et la mort de l'être aimé était l'occasion unique de prendre une photo afin de conserver son souvenir pour toujours). Vous pouvez voir sur internet, il y a énormément de photos post-mortem en ligne datant du 19ème siècle....C'est morbide et très dérangeant pour nous qui sommes maintenant habitués à cacher la mort......

En conclusion, Au coeur de l'Ouest est un livre vraiment très prenant. On se laisse très vite entraîner dans l'histoire. On pleure, on sourit, on vibre au même rythme que Clementine et ses amies mais quand on referme le livre, on est quand même bien content d'être en 2014 ! Ca, c'est sûr !

Ma note : 17.5/20


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