samedi 11 avril 2015

APOCALYPSE Z - Tome 2 : Les jours sombres

Manel Loureiro
Editions Panini (2014)
Sortie originale 2010
400 pages

Synopsis :
Une terrible épidémie a balayé la planète entière. Des hordes de morts-vivants pourchassent inlassablement les humains non contaminés. L’heure de l’Apocalypse semble bel et bien avoir sonné. Parmi les rares rescapés figurent un avocat espagnol et ses amis : Pritchenko, un pilote d’hélicoptère ukrainien, la jeune Lucia et Soeur Cecilia. Ils volent à destination des îles Canaries, où les derniers membres du gouvernement espagnol se sont réfugiés pour échapper à l’infection. Mais le paradis attendu pourrait bien à son tour se révéler un enfer impitoyable, et les vivants se montrer aussi dangereux que les morts. Embarqués malgré eux dans de sombres histoires, les rescapés de Vigo se retrouvent une fois de plus soumis à ce seul et même impératif : survivre.

Encore une fois, j'ai été happée, dévorée par cette saga ! Je suis tout simplement fan !

Le tome 2 de cette saga, "Les jours sombres" aborde la survie parmi les autres « rescapés » puisque à la fin du 1er tome, nous avions quitté notre héros, accompagné de son chat Lucullus, de Vicktor Pritchenko, un pilote d'hélicoptère ukrainien ainsi que Lucia et Soeur Cécilia, deux femmes espagnoles, qui avaient pris la décision de tenter le tout pour le tout et de quitter l'Espagne afin de se rendre aux Iles Canaries....

Les îles Canaries ont l’avantage d’être assez isolées géographiquement (elles se trouvent au large des côtes africaines, à hauteur du sud du Maroc), ce qui fait que les personnes qui se sont réfugiées là-bas dès le début de l’épidémie ont été épargnées par les horreurs vécues un peu partout sur le reste de la planète. Ces îles sont espagnoles, alors tout naturellement, c’est l’endroit où est allée se réfugier la famille royale espagnole, et toute l’infrastructure et le personnel de sécurité qui va avec au début de l'invasion zombie... 


  

Mais nous y retrouvons également une multitude de touristes, principalement européens, qui étaient en vacances là-bas quand la catastrophe a débuté et qui n’ont jamais pu regagner leur pays (il vaut mieux pour eux, remarquez…)….Il y a aussi les gens qui sont arrivés par la mer, notamment les Sud-Américains généralement à bord de gros cargos et autres pétroliers…..Les différentes petites îles ont très vite étaient surpeuplées (d'ailleurs, l'une d'elle a été condamnée car contaminée par les zombies) et évidemment, sur un espace si restreint, plus il y a de monde, plus il y a de conflits….Surtout quand la politique s’en mêle….

De plus, les survivants de cette île n’ont jamais vraiment été dans une situation aussi dangereuse et tendue qu’ont pu rencontrer notre héros et ses trois compagnons de fortune (et son chat)….Quand ils arrivent sur l’île à bord de leur hélicoptère, ils ne sont pas vraiment accueillis comme des héros mais plutôt comme des gens plutôt suspects, surtout quand ils disent qu'ils arrivent directement d'Espagne...Cela semble totalement fou, et totalement faux, aux oreilles de leurs interlocuteurs….

Je dois aussi signaler que la première chose que l'on constate lorsque l'on commence à lire ce 2ème tome, c'est que le style narratif de l’auteur a totalement changé par rapport à "Le début de la fin". Si, dans le 1er tome, le personnage principal racontait jour après jour les événements dramatiques qui ont conduit à l’invasion des morts-vivants sur le monde ainsi que sa lutte pour la survie via des post sur son blog, puis quand internet a disparu, « à l’ancienne », dans un carnet à la manière d’un journal intime, dans ce nouveau tome, rien de tout cela….D’abord, nous avons le début du livre qui est à la 3ème personne du singulier et qui nous fait un résumé de ce qui s’est passé précédemment.

Nous retrouvons quand même notre personnage principal, l'avocat trentenaire, qui continue à nous narrer ses aventures à la 1ère personne du singulier, mais l'auteur a choisi aussi de suivre les péripéties d'autres personnages, notamment Lucia, à la 3ème personne du singulier.


Ce que j’ai aimé dans ce livre :
1#-La bonne leçon de sociologie donnée par l’auteur dans ce livre : En effet, quand la menace des morts-vivants se fait plus lointaine grâce à la sécurité relative des Iles Canaries, quand les gens ne pensent plus à « sauver leur peau », d’autres priorités reviennent très vite telles que le besoin de ne pas manquer de nourriture, de médicaments….Mais aussi de ne pas se faire empiéter sur son territoire….Forcément,  les plus forts, ou tout du moins, les plus opportunistes y parviennent plus facilement…..Il faut bien l’admettre, la majorité des êtes humains sont des moutons et ont besoin d’être guidés, d’obéir à un ordre établi, sinon, cela devient très vite l’anarchie. Un événement est survenu sur l’île, quelques mois avant l’arrivée de notre héros et de ses amis, qui a mis fin à l’ordre établi et depuis, on assiste pratiquement à une retour à la guerre froide, avec espionnages et infiltrations entre les deux camps….On peut comprendre alors la méfiance du groupe qui a accueilli nos héros et la manière un peu cavalière avec laquelle ils ont été traités….L'auteur met également en lumière l'état d'esprit de la majorité des survivants, pas ceux qui font tout pour survivre, au détriment des autres, mais les gens ordinaires, qui ont tout perdu....

"La plupart des survivants étaient comme ça. ils semblaient normaux, en bonne santé, équilibrés, jusqu'à ce que l'on regarde dans leurs yeux ternes. Ils mangeaient, respiraient, parlaient, riaient, faisaient même des blagues, mais c'était machinal. Leur esprits était morts ; ils étaient complètement détruits, paumés et brisés, en quête d'une raison de vivre. Ils ne s'habituaient pas à la perte de leurs trains de vie, de leurs familles et de leurs histoires personnelles, et se sentaient coupables d'avoir survécu. Plus rien n'avait de sens désormais".

"Certains disaient qu'il s'agissait de stress post-traumatique, mais c'était des conneries. C'était une douleur bien plus profonde que personne ne pouvait définir. J'avais entendu dire que malgré cette pression émotionnelle largement répandue, il n'y avait pas eu un seul cas de suicide sur les îles. Pas un. Malgré l'horreur, nous autres survivants étions dotés de la volonté de vivre. Ou de l'instinct. Ou peut-être était-ce de la foi".

2#-C’est dans la nature humaine de toujours répéter les mêmes erreurs : l’existence du « zoo » en est une parfaite illustration (je n’en dirai pas plus…).



3#-Le virus responsable de la transformation des gens en morts-vivants affamés et agressifs a enfin un nom : le TSJ. Il a été analysé et baptisé par un groupe de chercheurs survivants....Bon après, il faut trouver un moyen de l'éradiquer....

"Y a-t-il un vaccin ? Mes pensées d'emballaient. Alicia Pons m'a étudié pendant quelques secondes, se demandant ce qu'elle devait dire ensuite. Finalement, elle a posé ses mains sur la table et sa gorge s'est serrée.

-Pour ce que nous en savons, ces êtres pourraient durer indéfiniment. Le processus naturel de putréfaction est arrêté ou fortement ralenti. Ils ne respirent pas, et leurs corps ne sont donc pas sujets à l'oxydation. Leur métabolisme est si lent qu'ils ne semblent pas avoir besoin de se nourrir. Ces choses pourraient être....
-Pourraient être quoi ? Un poing glacé m'a serré le coeur. Tout au fond de moi, je connaissais la réponse.
-Eternelles, a dit Pons d'une voix creuse. L'humanité devrait potentiellement vivre avec elles pour toujours, à moins de les exterminer....Ou qu'elles ne nous exterminent". 

4#- Le résumé de ces derniers mois de chaos fait par la militaire, Alicia Pons, à notre héros : Pendant que notre cher avocat s’occupait à survivre dans une Espagne dévastée et moribonde, sans aucun contacts avec d'autres humains, à part Lucia, Prit, Soeur Cecilia et le chat Lucullus, d’autres personnes sont restées en liaison avec le monde extérieur. Le « monde moderne » a continué d’exister ainsi, dans des petits endroits du globe, notamment les Iles Canaries et nous découvrons donc en même temps que notre héros le récit très explicatif de ce qui s’est réellement passé dans ce laboratoire russe au Daghestan…Et tout ce qui en a découlé par la suite sur chaque continent de la planète....

"Le TSJ n'avait pas emporté que des gens inutiles ou des criminels. Nombreux parmi parmi les défunts étaient ceux qui avaient le savoir et les compétences essentiels à la survie de la société. Ingénieurs, architectes, agronomes, infirmières, docteurs, pilotes, soldats, nombreux étaient ceux manquaient, notamment parmi les derniers. Le personnel médical et les militaires avaient subi de lourdes pertes, étant la première ligne de défense contre le TSJ. Le gouvernement essayait de reconstruire ces corps aussi vite que possible, mais cela prenait du temps".

5#-L'Espagne : Je veux dire par là que l'auteur colle au plus près des réalités politiques de son pays (au moment où il a écrit son livre, le roi Juan Carlos n'avait pas encore abdiqué en faveur de son fils, comme dans la réalité....De toute manière, dans le livre, son fils, Felipe, a très certainement été bouffé par les morts-vivants....En tout cas, il n'a jamais atteint les îles Canaries comme le reste de la famille royale...). Les espagnols ont la chance d'avoir un roi, d'avoir une personne respectée et sacralisée qui les rassemble et les unit dans leur pays. Le passage de la canne du roi dans ce 2ème tome est très émouvant et très fort en symbolisme et je suis sûre qu'il a touché plus d'un lecteur espagnol....

"J'ai tapé du pied dans un long objet cylindrique reposant au sol, l'envoyant  rouler dans un coin avec un bruit assourdi. Quand je me suis penché pour le saisir, j'ai vu que c'était une canne en acajou ; sa poignée en argent était gravée d'un sceau. Je l'ai emportée vers la porte pour l'examiner de plus près. J'en ai eu le souffle coupé. La poignée était gravée d'une fleur de lys, le symbole des Bourbon, la famille royale espagnole. Je me suis figé pendant quelques secondes, le temps pour mon esprit de digérer cette information. Il n'y avait pas beaucoup de Bourbon dans le monde; encore moins assez âgés pour avoir besoin d'une canne. Je savais qui en était le propriétaire : le roi Juan Carlos ! Bon sang...".

6#-Le passage avec le stade à Madrid : C'est bête à dire, mais ces références culturelles nous encrent un peu plus dans la "réalité" du récit. On s'imagine très bien le stade tel qu'il est décrit dans le livre, cela en devient presque effrayant et à la limite anxiogène !




"Nous volions au-dessus du stade de football Santiago Bernabeu. Des véhicules lourds et de gros containers industriels en acier bloquaient toutes les entrées. Le nombre de corps mangés par les vers reposant aux alentours du stade était encore plus grand. Des échafaudages sur la moitié de la façade sud reliaient deux trouées sur les côtés du stade, mais aucun d'entre nous ne comprenait pourquoi. De toute évidence, une grande foule avait organisé ici la résistance, mais le stade était maintenant désert. Il y avait des cabanes effondrées sur les gradins, et des sacs en plastique déchirés, étaient attachés à des poteaux de fer rouillés et flottaient tels des fantômes. L'herbe du terrain était devenue un bourbier ; des dizaines de petites mottes irrégulières en couvraient la moitié. Là où les poteaux de but auraient dû se trouver, quelqu'un avait écrit 'au secours' avec des sièges retirés des gradins.
-Qu'est-ce que ces monticules ? ai-je demandé en indiquant les mottes de terre dans l'herbe.

-Des tombes, a marmonné Marcelo d'un air sévère.C'est un cimetière. 
Nous sommes tous restés sans voix, sous le choc. J'imaginais l'angoisse des gens terrés ici. Les mois passant, leurs réserves s'étaient épuisées, et personne n'avait répondu à leur appel à l'aide silencieux. Ils avaient dû sombrer de plus en plus dans le désespoir chaque fois que l'un d'entre eux mourait de faim, de maladie, à cause des morts-vivants ou Dieu sait quoi. Pendant un moment, j'ai éprouvé cette panique suffocante. Le temps passant, ils avaient dû comprendre qu'ils étaient condamnés. Personne ne leur viendrait en aide".

6#-Le mort-vivant nommé Jaime : Ce touriste anglo-saxon (d’après sa description physique et son prénom) était un jeune homme d’une vingtaine d’années qui avait la vie devant lui quand il s’est fait mordre à la jambe par un mort-vivant et a fini par se transformer lui aussi….Rien de bien nouveau, me direz-vous….Seulement voilà, l’auteur a décidé de lui donner la parole (ou tout du moins la pensée….Enfin plutôt l’instinct). Nous voyons ainsi une scène d’après son point de vue à lui. Sans beaucoup d’intelligence mais avec l’envie irrépressible d’atteindre ce groupe d’humains bien appétissants, nous allons nous mettre à sa place, jusqu’au moment où cet humain habillé bizarrement qu’il ne peut pas agripper (notre héros portait sa légendaire combinaison de plongée au moment de l’attaque), va finir par lui tirer dessus et le tuer définitivement. Avant de s’éteindre, Jaime aura une dernière petite étincelle un semblant de conscience, celle de son humanité perdue pourtant depuis des mois….J’ai trouvé ce moment très étrange dans le livre, très perturbant….Et je dois dire que j’ai néanmoins apprécié car elle suggère beaucoup de questions mais évidemment, sans réponses.....

Ce que je n’ai pas aimé dans ce livre :
1#- Le manque de crédibilité sur l’étendue des ressources encore existantes : Sincèrement, si je survivais à un monde post-apocalyptique, je serais dégoûtée de voir des gens utiliser encore des avions avec tout le carburant gaspillé que cela implique etc….Les ordinateurs, les recherches scientifiques très poussées fonctionnent encore dans les Iles Canaries malgré le chaos partout ailleurs sur la planète….Cela me laisse perplexe....

2#-La situation de Lucullus, le chat de notre héros : A vrai dire, je trouve cela peu probable que des scientifiques, et encore moins des militaires, laissent un chat en vie comme ils le font avec Lucullus. Celui-ci a accompagné notre héros depuis le début et c’est bizarre que personne n’ait jamais tué le chat directement….Ce serait si facile…..Attention, j’adore les chats, et les animaux en général, mais dans un monde où les hommes sont devenus plus que féroces entre eux, Lucullus apparaît comme un miraculé et je ne comprends pas qu’il n’ait pas fini, soit sur une table de dissection ou dans une casserole (car la viande devient rare sur les îles, vu le nombre de survivants qui s’y entassent)….En plus, le chat est plus d’une fois ballotté un peu partout, et pourtant, il reste sagement dans les bras de son maître…..moi, je ne suis pas sûre que mes chats restent en place, déjà, rien qu’en entendant le bruit assourdissant de l’hélicoptère et tout l’air que cela peut brasser autour….Sans parler des multiples périples en mer….Un chien, cela aurait été plus crédible car le chien obéit plus facilement et est plus contrôlable que le chat.....En même temps, Lucullus est vraiment un chat au caractère très spécial.....

Pour conclure, j’ai passé un très bon moment de lecture avec ce 2ème tome d’Apocalypse Z. Je me lance de suite dans le dernier tome qui devrait conclure les aventures de notre héros sans nom (pas encore révélé dans ce tome là mais j’espère qu’on saura quand même comment il s’appelle d’ici la fin de la saga, même si j’ai déjà une petite idée là-dessus). En tout cas, ce 2ème tome est assez particulier car il nous montre la société telle qu’elle est quand le chaos arrivent et que la loi du plus fort subsiste. Il faut en tirer des leçons car même si ce livre traite d’un sujet qui, à priori, est imaginaire et n’arrivera jamais, les réactions des êtres humains, elles, sont intemporelles et finalement pas du tout surprenantes…..J’ai terminé "Les jours sombres" depuis plusieurs jours déjà, mais cette histoire me reste encore dans la tête….Signe d’un livre de grande qualité à mon sens ! A lire absolument !!!!!!





Ma note : 19/20

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