dimanche 6 juillet 2014

Le café des colonies

Sébastien Morice & Didier Quella-Guyot
Editions petit à petit (2010)
46 pages

Synopsis :
En Normandie, Antoine Boitelle, spécialiste des besognes malpropres (il nettoie les fosses, les fumiers…), a connu quand il était soldat au Havre la serveuse noire du Café des Colonies, dont il tomba amoureux. Désireux de l’épouser, il la ramène au village pour la présenter à ses parents. Et c’est l’incompréhension la plus totale ! Parents et villageois n’acceptent pas cette femme noire…



A la bibliothèque de ma ville, ce qui m'a attirée en premier dans cette BD c'est sa couverture : Ce champ d'herbes jaunies et de coquelicots, ce ciel bleu et cette jolie femme noire avec sa tenue colorée et bariolée qui tend son ombrelle avec un large sourire.

Evidemment, quand j'ai commencé à lire l'histoire, j'ai rapidement compris que j'avais à faire à une histoire d'amour contrariée et du regret de cet homme qui a préféré suivre l'avis de sa famille, de son village plutôt que son coeur.

En refermant cette BD, j'ai fait quelques recherches sur le net tellement l'histoire m'avait interpellée et j'ai donc appris que cette BD était l'adaptation d'une nouvelle de Guy de Maupassant "Boitelle" parue la 1ère fois en 1889 dans un quotidien de l'époque : l'Echo de Paris. Comme je  n'ai jamais lu cette nouvelle de Guy de Maupassant je ne peux pas dire si l'adaptation est totalement fidèle mais en tout cas, je comprends mieux pourquoi j'ai apprécié ma lecture (car tous les livres de Guy de Maupassant que j'ai pu lire, j'ai toujours bien aimé !).

La majeur partie de l'histoire se passe au Havre, puis après dans la campagne normande. Hors, je suis havraise de naissance et donc c'est avec vraiment très grand plaisir que je retrouve certains endroits de cette ville esquissés dans une version XIXème siècle, (surtout quand on sait que ma pauvre ville  de coeur a été pratiquement totalement détruite par les bombardements anglais pendant la Seconde Guerre Mondiale et les bâtiments qui ont été reconstruits ne sont pas forcément très beau, même s'ils sont quand même classés au patrimoine mondial de l'UNESCO !).



Petite parenthèse "chauvine" : Je sais que Le Havre est parfois raillé dans les médias et pourtant, Le Havre des années 2010 n'a rien à voir à l'image grise et austère que vous avez peut-être de lui ! Jusqu'à maintenant, toutes les personnes étrangères qui sont venues s'y installer ont toujours été ravies et agréablement surprises par l'amabilité des gens et la modernité regagnée de cette ville ! J'ai un travail qui accueille souvent des chefs qui viennent d'autres régions et pas plus tard que cette semaine, notre chef (qui est arrivé il y a 1 an et demi de l'Est de la France) nous a dit à quel point il était content de vivre au Havre et de travailler parmi nous ! (il faut dire aussi que nous sommes une quarantaine là où je travaille et il règne une très bonne ambiance, nous avons beaucoup de chance !).

Voilà pour ma parenthèse personnelle !

Pour revenir au Café des colonies, nous suivons donc le récit d'Antoine Boitelle

L'histoire commence alors qu'il est maintenant un homme plutôt âgé mais qui travaille toujours et en plus comme "ordurieux", un métier disparu de nos jours (heureusement !) et sa tache consiste à nettoyer toutes les choses dégoûtantes de notre quotidien (les fosses à merde, il n'y avait pas de tout à l'égout dans les campagnes à l'époque et la fosse pas forcément septique, il fallait bien la vider de temps en temps...).



Il va un jour être invité à entrer dans la maison d'un bourgeois, Monsieur Auballe et apercevant la statuette du buste d'une femme africaine chez son hôte, il va se replonger dans ses souvenirs de jeunesse, encouragé par Monsieur Auballe qui a, lui aussi, connu le charme exotique d'une femme étrangère durant sa vie....

Boitelle explique donc comment il a rencontré cette jeune fille noire quand il avait 18 ans et était soldat basé au Havre.

La demoiselle était serveuse dans un café sur le port, le Café des colonies. Il aime lui sourire de l'autre coté de la rue et un jour, il va oser entrer dans le café et enfin lui parler....

Leur coup de coeur va être rapide surtout que Norène, c'est le nom de la jeune fille, est une orpheline très bien élevée, elle parle français (c'est la 1ère chose dont il s'est étonné) car elle est arrivée en France alors qu'elle n'était qu'une toute petite fille, trouvée dans les cales d'un bateau. Le capitaine du bateau la confiera à une vieille marchande de poisson du port. Norène va donc grandir heureuse auprès de cette femme jusqu'à sa mort quand elle sera adolescente. C'est comme ça qu'elle va atterrir comme serveuse au Café des Colonies.

Mais voilà, même si Antoine Boitelle aime Norène, il l'a prévenue : il ne l'épousera qu'avec l'accord de ses parents.

Lors d'une permission de Boitelle, les voici donc partis à Tourteville, près d'Yvetot, dans la campagne normande. 

Evidemment, la campagne profonde n'a rien à voir avec une grande ville portuaire ouverte sur le monde comme Le Havre et Norène va très vite être confrontée au racisme et à la peur des gens du bocage normand. 

Les vieux parents de Boitelle reconnaissent qu'elle est gentille, bien élevée et catholique....Mais cela ne suffit pas.....Elle est trop noire de peau ! Même le curé ne veut pas d'elle dans son église !

J'ai aimé cette BD car même si elle traite d'un sujet délicat, elle n'est nullement démago du style "la guerre, le racisme c'est mal" puisqu'elle a été inspirée d'une nouvelle de Guy de Maupassant ! Hors, le XIXème siècle n'a rien à voir avec notre XXème et même XXIème siècle en matière de mélange des populations mondiales ! A cette époque, les gens de la campagne n'avait pas l'occasion de voir pour des vrai des africains sauf s'ils se déplaçaient dans des expositions où étaient reconstitués des villages africains (comme on peut le voir dans la BD.....D'ailleurs, c'est un moment assez émouvant car on sent toute la honte et la rage de Norène de voir des gens de la même couleur de peau qu'elle exibés comme des animaux dans un zoo....). 


Cette BD retrace donc une situation, une mentalité de l'époque sans forcément la juger. C'était comme ça, un point c'est tout !

Norène était trop noire pour vivre dans ce village du XIXème siècle. Malgré ses qualités. 

Mais il est fort à parier que si elle avait été fille-mère, divorcée ou d'autres choses encore qui ne correspondaient pas aux critères de moralité de l'époque, elle aurait été également rejetée...Tout ce qui est différent choque et ne peut pas être accepté....

Alors si Antoine et Norène s'étaient vraiment aimés comme des fous, est-ce qu'Antoine aurait pu passer outre des exigences de ses parents et fuir avec son amoureuse ? Peut-être....Cela a certainement dû arriver à d'autres que lui à cette époque, mais lui...Lui, il a préféré écouter ses parents et le qu'en dira-t-on de son village natal....Il a préféré rentrer dans le rang....

En tout cas, moi, j'ai beaucoup aimé cette BD car elle m'a fait beaucoup réfléchir sur l'amour et les interdits si nombreux et je me dis qu'on a bien de la chance de vivre à notre époque actuelle !

Les + de la BDLe scénario est simple et fluide et les dessins d'une très grande beauté ! La gare du Havre est magnifiquement illustrée ainsi que la plage du havre du point de vue de la ville haute et les chaumières normandes, notamment celle des parents de Boitelle est vraiment très belle.



Finalement, en terminant cette BD, nous ne savons pas ce qu'est devenue Norène après tout ça....Peut-être a-t-elle trouvé l'amour ailleurs ?.....

Boitelle, lui, explique à Monsieur Auballe qu'il ne l'a jamais oubliée même si la vie a continué et qu'il a eu 14 enfants avec une femme du village, une blanche acceptée par tout le monde cette fois-ci....

Ma note : 16/20




Et voici le lien pour la ville du havre :


Si vous aimez ce livre, vous aimerez peut-être aussi :

  


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire